Comprendre les chiffres

Ce que contient chaque feuille de résultats, dans quelle unité de temps la lire, et où les chiffres se recoupent.

Où lire les résultats

Une fois vos hypothèses saisies et le calcul lancé, les résultats s’affichent dans l’onglet Plan du projet, répartis en onglets — un par feuille. L’onglet ouvert par défaut est Ratios bancaires, parce que c’est celui qui répond à la question « est-ce que mon dossier tient ? ».

  • L’onglet affiché est inscrit dans l’adresse de la page (`?tab=…`). Vous pouvez donc envoyer à quelqu’un un lien qui ouvre directement la bonne feuille.
  • Un bandeau de ratios reste visible en haut de l’écran quel que soit l’onglet ouvert : il rappelle les indicateurs qui portent un seuil, avec leur feu tricolore.
  • Le calcul n’est pas relancé à chaque frappe. Quand vos hypothèses ont changé depuis le dernier calcul, un bandeau « Résultats obsolètes » et un bouton Recalculer apparaissent : les chiffres affichés sont alors ceux d’avant votre modification.

Mensuel ou annuel : la confusion à éviter

Toutes les feuilles ne parlent pas de la même durée. C’est la première source d’incompréhension, et elle donne des écarts d’un facteur douze. Vérifiez toujours l’unité de temps avant de comparer deux chiffres.

FeuillePériode couverte
Compte d’exploitationUn mois type, en rythme de croisière
Trésorerie mensuelleDes jalons de la première année seulement
FinancementMensualité, puis service annuel de la dette
Plan de financementMontants ponctuels au démarrage (pas une période)
Projection 5 exercicesCinq exercices annuels
BilanOuverture, puis clôture de chacun des 5 exercices
BFR, CAF, Seuil, AmortissementsCinq exercices annuels
Le compte d’exploitation est mensuel ; la projection et les états financiers sont annuels. Un résultat net de 3 900 USD au compte d’exploitation n’est pas comparable à un résultat de 46 800 USD en projection — c’est le même chiffre, exprimé sur douze mois.

Compte d’exploitation

La feuille qui dit si l’activité gagne de l’argent, avant de se demander comment elle est financée. Elle décrit un mois type en rythme de croisière : le chiffre d’affaires, ce qu’il coûte à produire, ce qu’il reste.

  • Chiffre d’affaires — ce que vous encaissez de vos clients sur le mois, issu de vos hypothèses de volume et de prix.
  • Coûts variables — ce qui augmente mécaniquement avec les ventes. Selon votre modèle : coût matière pour un restaurant, coût d’achat des marchandises vendues pour un négoce, marchandises, livraison et publicité pour l’e-commerce. Une prestation de services n’en a pas.
  • Marge (sur matière, brute, ou après coûts variables selon le modèle) — ce qui reste des ventes pour payer les charges fixes.
  • Charges opérationnelles — loyer, salaires, énergie, ce qui tombe que vous vendiez ou non.
  • Excédent brut d’exploitation (EBE) — la marge moins les charges opérationnelles. C’est le vrai juge de paix de l’activité : positif, votre métier crée de la valeur ; négatif, aucun montage financier ne le rattrapera.
  • Impôt sur les bénéfices, puis Résultat net mensuel, mis en évidence en bas de la feuille.

RESTAURANT URBAIN — UN MOIS TYPE

Chiffre d’affaires18 720 USD
Coût matière (35 %)−6 552 USD
Marge sur matière12 168 USD
Charges opérationnelles−8 300 USD
Excédent brut d’exploitation3 868 USD

L’EBE mensuel est ce dans quoi la banque ira puiser votre mensualité de crédit. S’il ne la couvre pas confortablement, le DSCR passera au rouge.

Trésorerie mensuelle

Le compte d’exploitation dit si vous gagnez de l’argent. La trésorerie dit s’il vous en reste en caisse. Une entreprise rentable qui tombe à court de liquidités ferme quand même : c’est la feuille à regarder juste après les ratios.

  • Trésorerie à l’ouverture (M0) — votre apport plus l’emprunt, moins l’investissement initial et moins le besoin en fonds de roulement de démarrage. C’est ce qui reste en caisse le jour où vous ouvrez.
  • Solde mensuel opérationnel — le résultat net du mois moins la mensualité de crédit.
  • Des points d’étape dans l’année : fin de mois 1, 3, 6, 9 et 12 (le modèle restaurant ajoute le mois 2).
  • Trésorerie minimale sur les 12 mois — le point bas de l’année. C’est lui qui porte un seuil et un feu tricolore.

Financement

Le coût de votre crédit, calculé à partir du capital emprunté, du taux et de la durée que vous avez saisis. Trois lignes : la mensualité constante que vous paierez, le service annuel de la dette (la somme des douze mensualités), et une estimation des intérêts de la première année.

Le service annuel de la dette est le dénominateur du DSCR. C’est donc la ligne à faire bouger — en allongeant la durée, en réduisant le capital emprunté, ou en augmentant votre apport — quand ce ratio ne passe pas.

Plan de financement

La pièce qui répond à la question « de combien avez-vous besoin, et d’où vient l’argent ? ». Elle ne couvre pas une période : ce sont les montants du démarrage, mis face à face.

BesoinsRessources
Investissements (équipement, aménagement)Apport personnel
BFR — trésorerie de sécurité du démarrageEmprunt bancaire
TOTAL BESOINSTOTAL RESSOURCES
Une dernière ligne calcule l’écart (ressources − besoins). Négatif, votre montage ne finance pas votre projet : il manque de l’argent quelque part, et un banquier le verra immédiatement.

Projection 5 exercices

Le chiffre d’affaires et le résultat net de chacun des cinq exercices, plus les résultats cumulés à trois et cinq ans. C’est l’horizon standard d’un dossier de crédit d’investissement.

Bilan

La photographie de ce que l’entreprise possède (l’actif) et de ce qu’elle doit (le passif), à l’ouverture puis à la clôture de chacun des cinq exercices. Les deux colonnes sont toujours égales — c’est la définition même d’un bilan.

Actif — ce que vous avezPassif — d’où ça vient
Immobilisations brutes, moins amortissements cumulésCapital apporté
= Actif immobilisé netRésultats cumulés
Stocks, créances clients (= actif circulant)= Capitaux propres
TrésorerieDettes financières, fournisseurs, fiscales et sociales
TOTAL ACTIFTOTAL PASSIF
  • Le bilan est équilibré par construction, sans poste d’ajustement : aucun chiffre n’est bricolé pour faire tomber juste.
  • Une ligne Écart actif − passif affiche ce contrôle. Elle doit être nulle. Si l’écart dépasse la tolérance d’arrondi, un message rouge vous demande de ne pas déposer le dossier et de signaler l’anomalie.
  • Une ligne Autonomie financière rapporte vos capitaux propres au total du bilan — c’est la part de l’entreprise qui vous appartient vraiment. Elle est affichée sans feu tricolore : comparez-la vous-même au seuil de 30 %.

Pourquoi les deux trésoreries diffèrent

Le produit affiche deux trésoreries qui ne donnent pas le même chiffre. Ce n’est pas une erreur de calcul : ce sont deux méthodes, dont une simplifiée. Autant le savoir avant qu’un banquier ne le remarque.

Trésorerie mensuelleTrésorerie du bilan
Variation du besoin en fonds de roulementIgnoréeDéduite
Intérêts d’empruntDécaissés, mais pas passés en chargeDéduits du résultat
AmortissementsNon déduitsDéduits, puis réintégrés via la CAF
Remboursement du créditMensualité entièreCapital seul
PériodeJalons de l’année 1Clôture de chaque exercice
Les deux vues partent du même point à l’ouverture, puis s’écartent. La trésorerie de clôture qui fait foi est celle du bilan.

BFR — besoin en fonds de roulement

Le BFR est l’argent immobilisé par le simple fonctionnement de votre activité : vous achetez et stockez avant de vendre, vous vendez avant d’être payé, pendant que vos fournisseurs vous accordent un délai. La différence est de l’argent que vous devez avancer en permanence.

  • Stocks + créances clients dettes fournisseurs dettes fiscales et sociales = BFR.
  • La variation du BFR d’un exercice à l’autre est ce qui ponctionne réellement votre trésorerie. Une croissance rapide consomme du cash : c’est contre-intuitif, et c’est ce qui tue le plus d’entreprises rentables.
  • Le BFR en jours de chiffre d’affaires ramène le montant à une durée, plus parlante pour comparer.

CAF — capacité d’autofinancement

La CAF est l’argent que l’activité dégage réellement sur un exercice : le résultat net auquel on rajoute les dotations aux amortissements. On les rajoute parce qu’un amortissement est une charge comptable qui ne sort pas de votre caisse — la machine a été payée au départ, pas chaque année.

C’est la ligne que votre banquier lit en premier, parce que c’est là-dedans que se prend le remboursement de votre crédit. La feuille affiche aussi la CAF cumulée sur les cinq exercices.

Seuil de rentabilité et point mort

Le seuil de rentabilité est le chiffre d’affaires à partir duquel vous ne perdez plus d’argent. Le point mort, affiché en mois, est le moment de l’exercice où vous l’atteignez. La feuille les calcule pour chacun des cinq exercices.

  • Chiffre d’affaires charges variables = marge sur coûts variables, exprimée aussi en taux.
  • Charges fixes ÷ taux de marge sur coûts variables = seuil de rentabilité.
  • La marge de sécurité mesure de combien votre chiffre d’affaires peut baisser avant de repasser sous ce seuil. C’est votre coussin en cas de mauvaise année.

LECTURE — QUINCAILLERIE DE QUARTIER, EXERCICE 1

Chiffre d’affaires prévu180 000 USD
Seuil de rentabilité146 000 USD
Marge de sécurité≈ 19 %
Point mort≈ 9,7 mois

Vous pouvez perdre 19 % de vos ventes avant de basculer dans le rouge. En dessous de 10 % de marge de sécurité, un banquier considérera le dossier comme tendu.

Amortissements

Amortir, c’est étaler comptablement le coût d’un équipement sur sa durée d’usage au lieu de le passer en charge en une fois. La feuille détaille, pour chaque immobilisation, la dotation de chaque année et la valeur nette comptable restante à la fin de chacune des cinq années.